Papillons en liberté
Sur les ailes de l’Afrique
Si l’on se fie aux préceptes de la théorie du chaos, la réaction en chaîne que provoque le battement d’ailes d’un papillon en Afrique pourrait générer une tempête en Europe. C’est l’effet papillon! Si tel est le cas, la tempête est tropicale. Du 21 février au 27 avril, c’est dans la grande serre du Jardin botanique de Montréal que cette tempête fera rage. Place à l’Afrique et à ses papillons magnifiques!
Il s’agit de la 11e édition de l’événement, et d’une première canadienne. Les enfants en redemandent et les parents qui les accompagnent sont tout autant émerveillés par la beauté de cet insecte qui, au cours de sa vie, traversera de bons et de moins bons moments. Le papillon, c’est un peu le vilain petit canard de l’entomologie. Bien que certaines chenilles soient d’une incommensurable beauté, certaines sont laides à faire peur, même aux plus insectivores de leurs « amis ».Une première au Canada
Hyperactifs, polymorphes et maîtres du mimétisme, ces beautés ailées nous charmeront à coup sûr lors de leur séjour dans la grande serre du Jardin botanique de Montréal. Le papillon vedette de l’édition Papillons en liberté 2008 est le Papilio demodocus, un papillon très actif de
l’Afrique sub-saharienne. Dans la grande serre, on pourra observer la femelle qui pond ses œufs sur sa plante hôte, le Citrus. L’événement accueillera également un papillon imitateur, le Papilio dardanus, dont le mâle arbore toujours la même apparence, alors que la femelle se retrouve sous quatorze formes différentes! Parmi ces formes, notons l’imitation d’espèces de papillons indigestes, une excellente défense contre les prédateurs.
Le monarque africain, aussi appelé Danaus chrysippus, en séduira plusieurs avec ses couleurs flamboyantes, aussi dites « aposématiques », soit associées à la toxicité, en guise d’avertissement à l’attention des prédateurs. Fait à noter, ce papillon a déjà été observé à des altitudes de près de 2 750 mètres, dans les montagnes de l’Himalaya.
L’effet papillon… africain
Si le battement d’ailes d’un papillon peut déclencher un ouragan, comme le soutenait le météorologue Edward Lorenz lors d’une conférence qu’il donnait à l'American Association for the Advancement of Science, alors imaginez ce que pourrait faire le battement d’ailes de centaines de papillons africains achetés dans des fermes d’élevage soutenant leurs communautés... La réaction en chaîne risque d’être énorme. Papillons en liberté contribue au développement durable des populations indigènes en poursuivant trois objectifs : préserver les espèces, préserver la nature et l’environnement et procurer des revenus aux gens qui en ont peu. Voilà le nouvel effet papillon!
À l’image des chefs de file en matière d’élevage de papillons du Costa Rica, certaines fermes d’élevage africaines ont décidé de protéger à leur tour leurs forêts et leur avenir. Parmi celles-ci, le projet rassembleur « Kipepeo » (www.kipepeo.org, site en anglais) – qui signifie « papillon » en langue swahili –, au Kenya, qui considère la forêt comme une ressource précieuse et inépuisable pour les populations, lorsqu’elle est bien respectée. En tant que fournisseur fiable et bien structuré, Kipepeo (site en anglais seulement) protégera une forêt de plus de 40 000 hectares abritant plus de 250 espèces de papillons. L’Insectarium s’y procurera plusieurs chrysalides, tout en encourageant deux autres fermes d’élevage du continent situées en Tanzanie et en Ouganda. Dans l’optique d’un tourisme durable
Pour l’édition 2008 de Papillons en liberté, l’Agence canadienne d’inspection des aliments a octroyé un permis spécial à l’Insectarium de Montréal afin d’autoriser l’importation et l’exposition au grand public de 90 nouvelles espèces de papillons du continent africain. En plus d’offrir une exposition unique, l’Insectarium contribuera à créer de l’emploi chez certaines communautés africaines situées près des forêts qui élèveront des papillons plutôt que de couper des arbres!
En plus du bonheur que procure cette visite, l’exposition offre plusieurs occasions d’apprendre, notamment en fournissant un cadre d’observation optimal avec des animateurs spécialement formés sur l’importance et la protection de ce magnifique insecte qu’est le papillon. L’éducation et la conservation sont au cœur de la mission de l’Insectarium. Marika D’Eschambeault, animatrice-naturaliste, explique que les chrysalides et les cocons de Papillons en liberté proviennent de fermes d’élevage respectant un code de déontologie rigoureux et qui pratiquent le commerce équitable. Cette pratique permet d’assurer le développement durable des populations civiles qui élèvent ces papillons tropicaux et des forêts où ils se développent.
Dans ces conditions, une simple visite, aussi divertissante soit-elle, peut contribuer à renforcer le désir de protéger les papillons et la nature qui nous entourent. C’est le défi que s’est donné l’exposition Papillons en liberté, présentée dans la grande serre du Jardin botanique, du 21 février au 27 avril 2008, du mardi au dimanche, de 9 h à 17 h. Ouvert les lundis 3 mars (relâche scolaire) et 24 mars (Pâques).| Papillons en liberté en chiffres |
|
André Quenneville
2008-02-11





Voir du pays
Papillons relâchés durant l’événement : plus de 15 000
