Expédition en eaux vives
9 gars et 1 rivière
Quand « neuf chums de gars » décident que ça fait un bail qu’ils ne se sont pas vus, rien de tel qu’une journée de rafting pour savoir si tout le monde est encore sur la même longueur d’onde! Si tel est le cas, vous maîtriserez la vague. Sinon, elle vous dominera! Un seul juge : la rivière Rouge! C’est elle qui décidera de votre sort! Euphémique, l’expression faire la vague? Oh que non! La Rouge, c’est une des plus belles rivières du massif laurentien. Elle commence sa course de 215 km à L’Ascension, passe par Calumet et termine son parcours dans la rivière des Outaouais. Et, sur un tronçon de 16 km, elle est le paradis des kayakistes et des rafteurs. Quatre compagnies y offrent des descentes et Rafting Nouveau Monde la descend depuis près de 30 ans.
La Rouge n’a rien à envier au Nil Blanc (Ouganda) ou au Zambèze (Zambie), deux célèbres cours d’eau reconnus pour la force de leurs rapides et la qualité de leur rafting. « J’arrive d’un hiver au Nil Blanc, où j’ai travaillé comme guide. Bien sûr, le Nil est un fleuve majestueux, mais pour quatre heures de rafting, il y a deux heures de pagaie et le lit du fleuve n’est pas aussi gentil que celui de la Rouge », explique Marilou Salette, chef de voyage chez Nouveau Monde. En fait, ce qu’elle veut dire, c’est que la géologie du massif laurentien est si âgée que le lit de la rivière Rouge est érodé et ne présente aucun danger de lésions par des roches aiguisées comme des couperets. « Les rochers sont si doux qu’on glisse sans « anic-roche »! Ce n’est pas le cas du Nil! Croyez-moi, la Rouge, c’est le bonheur! On rame moins pour atteindre les rapides, pas de bobos et l’excitation est au rendez-vous! »
Bien jauger son groupe
Tout le monde en ligne. Question de ramasser sa combinaison isothermique (wetsuit) – indispensable en mai, car la température de l’eau varie entre 6 et 8 degrés – et de l’enfiler. Suit le meeting de coordination – qui part avec qui et à quelle heure? – et c’est le départ des autobus pour le Canyon Harrington. « L’eau file à 150 mètres cubes à la seconde. Attachez vos casques, ça va brasser! », dit Philippe Joncas, guide de rivière, en vérifiant l’équipement de chacun.Philippe est très expérimenté. Onze ans de Nouveau Monde dans la pagaie et des vacances de descente sur la Sarapiqui (Costa Rica) et la Rio Pescados (Mexique). Pas de doute, son briefing inspire confiance. Bien jauger un groupe est un art que Philippe maîtrise bien.
Son groupe : neuf gars habitués de la rame, dont la moitié en rafting. Il a vu tout de suite que « ses gars » étaient capables d’en prendre. C’est d’ailleurs ce qu’il leur a donné l’occasion de prouver, juste après les consignes de sécurité, en attaquant la première vague! Une pyramidale gééééééééééééééante!
Gauche arrière!
Il y a quelques consignes à respecter sur un bateau : écouter le guide et répéter après lui, ramer en même temps pour ne faire qu’un et ne jamais paniquer. Les commandes se résument à deux mots, max! La plus simple étant STOP! « Patrick, gauche arrière! Gaaaaauche arrière! » Ils viennent tout juste de reprendre possession du pneumatique, les voilà déjà lancés dans le Confusion, la section montagne russe de la Rouge. « Patrick! Gauche arrière », hurle encore Philippe, que le canyon enterre toujours. Le spectaculaire Canyon Harrington offre une vague qui s’érige comme une pyramide. Ils l’ont prise bravement de front, mais c’est elle qui a gagné. Patrick est encore sous le choc. 1-0 pour la Rouge!
Tous pour un, un pour tous!
« Respecter les consignes de sécurité, c’est la consigne no 1 », explique Philippe. Les rafteurs sont entre bonnes mains. « Tous les guides ont en moyenne 60-70 descentes de la Rouge en solo, qu’ils effectuent avec les groupes. Les rookies, comme on les appelle, sont facilement identifiables. » Effectivement, ils sont seuls sur un mini-raft et ils ont rookie inscrit dans le dos. « Nous avons tous des cartes de secouristes valides et une longue expérience de guide de rivière. Mais la sécurité, c’est aussi l’affaire de tous et les consignes données en début de parcours sont simples et doivent être respectées par chacun, ajoute Philippe. Si tout le monde fait sa part, c'est-à-dire écoute le guide, suit les consignes et rame en même temps dans le même sens, on devrait tous avoir le même plaisir et arriver en même temps! »
Deux fois plutôt qu’une
Le soleil a quitté le ciel. Un crachin printanier tombe doucement, tout comme la température. Le débit de la rivière augmente légèrement. Le lunch de mi-journée est avalé. Les « gars » de Philippe sont parés pour la deuxième descente. Enfin presque. « Ce n’est pas activité libre cet après-midi? » Oui, Pierre, rien ne t’oblige. Un autobus repart justement pour le camp de base. C’était une blague!Le parcours demeure le même et la perspective d’être encore « humiliés » dans le canyon n’a rien pour réchauffer les gars. Tout le monde a repris sa place et c’est là que la combinaison isothermique devient votre nouveau meilleur ami! Avec l’effort physique, la température de la combinaison augmente.
Ce qui avait paru durer des heures la première fois (de 90 à 100 minutes) semble défiler à la vitesse de la lumière au second tour. Si un homme averti en vaut deux, de neuf, nous étions moralement 18 au deuxième passage du canyon. Celui-ci n’avait qu’à bien nous regarder passer. Cette fois, pas question de chavirer!
Aguerris par une première descente, nos neuf gars avaient pris de la graine de galériens et, à l’unisson, pagayaient joyeusement. Inutile de préciser que la Rouge ne fait qu’une bouchée de ceux qui s’aventurent à faire les paons sur son parcours. Elle nous attendait au Turbo, ce magnifique rouleau où surfer en pneumatique est si… renversant! Et très amusant! Le but du Turbo, le dominer le plus longtemps possible au risque de boire la tasse! Score : 1-1.
C’est fini?
Toute bonne chose ayant une fin, oui, c’est fini! Le bus attend les rameurs, qui n’en finiront pas de se raconter leurs peurs pendant tout le chemin du retour. Arrivés au camp de base, une douche bien chaude et un bain tourbillon sont de rigueur pour détendre ces muscles qui ont eu leur lot de stress.Détendu et changé, voilà le temps d’une bonne bière. Un repas chaud attend nos gars et c’est la séance de vidéo. Eh oui! vous avez été filmé et photographié! Des souvenirs impérissables pour une journée inoubliable. C’est ça le nouveau monde. Êtes-vous prêt?
| Vous dites R, mais R quoi? |
| Les passages de la Rouge |
| Le Canyon C’est merveilleux quand on le voit « au-dessus » de l’eau, vu d’en dessous? C’est nébuleux. Le passage du Canyon commence par un niveau de difficulté R3, qui se transforme rapidement en R4 lorsque vous atteignez la grosse vague déferlante de forme pyramidale. Ici, vous mettrez au défi le pouvoir de votre équipe. Le Confusion Une série de rapides assez rapides et comparables à une montagne russe. Son niveau de difficulté varie de R2 à R3 selon la saison, mais même à R4, il demeure assez facile à franchir. Très amusant! Le Turbo Il vient fermer le long passage Canyon-Confusion et peut être à la fois impardonnable et très festif! L’objectif : surfer sur le rouleau. Les meilleurs tiendront des minutes, les autres… Le Bellerose Un courant fort de niveau R2 à R3 qui se termine par le Surprise, une vague qu’on ne soupçonne pas, mais que les guides connaissent bien. Mais vous avez connu pire : le Surprise est de la p’tite bière comparé au Turbo! La porte du Diable C’est la fin et, si vous êtes attentif, vous aurez droit à une des plus belles vues de votre descente. Attention, ça ne dure que quelques secondes. De niveau R1, c’est une partie de plaisir. Jetez-vous à l’eau et laissez-vous bercer par le courant. On vous ramassera après le passage! |
André Quenneville
2008-06-19





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