| | Jos Montferrand | | L’homme le plus fort du Canada français, Jos Montferrand, est né à Montréal. Un homme aussi fort que lui, on s’en doute, était capable de s’imposer dans un camp de bûcherons, ce qu’il a fait en Outaouais. Fierté du Canada français, on dit que son exploit le plus célèbre a été de combattre 150 Irlandais – appelés Shiners – qui, victimes de chômage après la construction du Canal Rideau à Ottawa, faisaient concurrence aux Canadiens français pour obtenir des emplois dans les camps. Sa réputation était grande non seulement dans les camps de bûcherons, mais au sein de la population canadienne-française du Canada et des États-Unis (Nouvelle-Angleterre), et ses exploits étaient… légendaires! |
|
|
|

|
|
Du temps des camps de bûcheronTire-toi une bûche! Les pieds gelés, la barbe longue pleine de glace, s’enfonçant dans les vastes forêts de la Haute-Mauricie, de l’Abitibi, de l’Outaouais et d’ailleurs au Québec, le cultivateur a repris, comme tous les ans, sa marche hivernale qui le transformera en bûcheron pour de longs mois. Tirez-vous une bûche! Vous êtes les bienvenus dans un camp de bûcheron du 19e siècle! Revivre l’époque des hommes en chemises à carreaux (les bûcherons!) est possible. L’expérience la plus complète est offerte au seul et unique Musée du bûcheron de Grandes-Piles. Vous pouvez circuler dans plus de 20 bâtiments réunis sur le site pour mieux comprendre ce mode de vie si répandu au 19e siècle. Un guide costumé vous y accueille et démythifie la vie que l’on menait au camp. Miss Cuisine ?
On peut visiter la cookerie, lieu mythique qui faisait bien souvent la réputation du camp! La qualité d’un camp dépendait souvent de la qualité de la cuisine du cook.La vie de bûcheron étant réservée à la gent masculine, il n’y a normalement qu'une femme dans un camp de bûcherons : la femme du foreman (le contremaître) . Il n'y a donc pas de femme au fourneau pour faire saliver et pour cuisiner… les hommes! Un pou sens dessus dessous
En visitant le dortoir, vous pourrez plus facilement imaginer la vie parfois difficile des travailleurs du bois. Par exemple, en pleine forêt, les bestioles sont nombreuses et les poux infestaient les camps. La seule façon la moindrement efficace de s’en débarrasser pour l’homme qui cherchait le sommeil était de retourner son vêtement. S’il réussissait à s’endormir avant que les poux aient traversé à nouveau son vêtement, il avait droit à une bonne nuit. Il était donc bien difficile pour un bûcheron de dormir comme une… bûche!  La fièvre du samedi soir
Notre guide nous explique que, si la vie est dure au camp, on sait aussi faire la fête. Le samedi, veille du seul congé dominical, on s’amuse à des jeux d’adresse comme le tir au poignet, on chante et on se raconte des histoires. De grandes légendes québécoises, comme la Chasse-galerie (voir encadré), sont nées de ces soirées. Mais attention : rien de tout cela ne doit être fait sous le signe de l’alcool, car il est interdit en tout temps. On ne boit pas dans les bois!Bûcheron Académie
Une anecdote parmi tant d’autres dévoilée par notre guide : chaque soir, le foreman (contremaître), tel un animateur G.O. dans une colonie de vacances, annonce la performance de chaque homme. Ceux qui ont coupé le plus d’arbres sont félicités, les autres subissent les railleries de leurs camarades. Mais personne n’est éliminé, et gare à ceux qui voudraient déserter le camp : ils risquent une amende, voire la prison! De toute façon, leur salaire ne leur sera versé qu’à la fin de l’hiver! Les raftmans dravent la pitoune
Le métier de draveur, appelé communément raftman, est la suite logique de celui de bûcheron pour plusieurs hommes, au printemps. Visitez la cabane des draveurs et imaginez-vous sur la rivière Saint-Maurice : les draveurs circulaient d’un billot de bois flottant à l’autre – billot appelé pitoune (voir encadré) – pour prévenir les embâcles. Le métier, qui exigeait une grande agilité, était dangereux : la dynamite était parfois utilisée, et les membres arrachés ou broyés n’étaient pas chose rare, en plus des nombreux cas d’hypothermie.
Pour vivre des sensations fortes comme les draveurs de jadis, mais en toute sécurité, rien ne vaut la drave nouveau genre, le rafting! Mais contrairement à la légende, votre canot ne sera pas volant, mais bien… flottant! On n’est pas sorti du bois…
… mais on est quand même en ville! À quelques kilomètres du musée de Grande Piles, le Vieux-Port de Trois-Rivières abrite le Centre d’exposition sur l’industrie des pâtes et papiers (CEIPP), qui donne un bon aperçu de cette vie trépidante! En découvrant l’envers du décor, soit la fabrication du papier, vous comprendrez mieux le fruit du travail des bûcherons! De nombreux panneaux expliquent les aspects économiques du métier. Ailleurs au Québec
Dans l’Outaouais, terre du bûcheron le plus célèbre des Amériques, Jos Montferrand (voir encadré), le Musée des civilisations a reproduit un camp de bûcherons, tandis qu’en Abitibi, la ville de La Sarre a son Centre d’interprétation en foresterie, qui propose chaque été la visite complète d'un camp tel qu’il existait en 1930. Au programme : reconstitution intérieure d'un camp, tableaux thématiques, collection d'outils forestiers et maquette d'un moulin à scie.
Avec toutes ces anecdotes et légendes, il n’y a pas de doute : visiter un camp de bûcherons, c’est plonger dans le passé mythique du Québec, c’est apprendre la langue colorée des bûcherons, alors que l’on n’avait pas encore inventé la… langue de bois! Ce conte, écrit par Honoré Beaugrand, fait référence à un groupe de bûcherons de l’Outaouais qui un soir, décident de conclure un pacte avec le diable pour aller voir leurs blondes (leurs petites amies et leurs femmes) dans la région de Montréal en canot volant, l’espace d’une nuit, la veille du Jour de l’An. Ils s’engagent à revenir au camp à 6 h du matin, sans quoi le diable prendra possession de leurs âmes.
Chemin faisant, les hommes prennent un coup, s’enivrent au whisky blanc et, de place en place, le canot zigzague de plus en plus. Il faut dire qu’à cette époque lointaine, on ne prévenait pas encore les conducteurs de canot volant contre la conduite en état d’ébriété… si bien que le canot fonce tout droit dans un arbre, laissant les hommes choir dans la neige. Tous s’en sortent sains et saufs, mais ils ont compris la leçon.
Au parc d’attractions La Ronde, le manège « La pitoune » est doté d’une sculpture où l’on voit des bûcherons, un canot volant et le diable, soit une représentation de la plus célèbre des légendes québécoises.
|
Les mots « déguédine » et « pitoune » sont très fréquemment utilisés dans la langue populaire québécoise. Peu de gens savent qu’ils ont une origine anglo-saxonne. « Déguédine », qui signifie « dépêche-toi », vient de l’anglais « dig it in », indication donnée par un contremaître pour signifier au bûcheron de dégager les contours d’un arbre pour pouvoir le hacher.
Le terme pitoune, lui, est encore plus fréquent. Il désigne officiellement les billots de bois qui flottent sur les rivières. Il vient de la déformation de l’anglais « happy town » ou « ville joyeuse ». C’est ainsi que les contremaîtres nommaient la ville dans laquelle ils pouvaient séjourner, alors que les bûcherons étaient retenus au camp tout l’hiver. Comme ils y faisaient la connaissance de jolies demoiselles, « pitoune » est aussi devenu synonyme de belles femmes.
|
Sylvain Lacoursière Photos : Photos: Musée du Bucheron de Grande Piles, Clermont Blais et Tourisme Mauricie 2008-11-13
|
|
|